AFBH-Éditions de Beaugies 
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Les Jeudis du Songeur (209)

QUAND DIEU INTERVIENT POUR FAIRE LIRE LE SONGEUR…

Chers lecteurs de passage ou victimes héroïques de leur fidélité hebdomadaire,

Il se trouve, comme l’ont remarqué certains d’entre vous (avec joie, ou à regret, je ne sais), qu’une incroyable erreur de l’Aléa informatique (délibérée ou non) a fait rediffuser sur le site des éditions de Beaugies, jeudi 20 juin, le même texte que celui du 13 juin (n°208).

Je ne peux donc pas ne pas émerger de le canicule pour vous prier de m’excuser de cette bévue qui semble faire de moi un auteur radoteur (ô funeste rime !).

À dire vrai, ce fut pour moi une honte soudaine. Et puis, constatant qu’une trentaine de visiteurs (dont sans doute certains d'entre vous) sont malgré tout revenus « cliquer » pour vérifier, annuler ou relire cette chronique (qui le sait ?), j’ai plutôt eu l’impression d’une divine surprise.

J’en suis encore tout esbaubi. D’un côté je croyais devoir présenter des excuses, de l’autre, il faut bien nous rendre à l’évidence :

ce qui semble une erreur informatique ne serait-il pas, simultanément une manifestation de la Divine Providence ?

Pourquoi ? Comment ? Et en quoi cet événement peut-il être lu comme un Signe du Ciel ?

Mettons-nous à la place de Dieu. Un misérable auteur parle de Lui, des rites et des sacrements qui mobilisent Sa Présence. Cela L’intéresse, L’indispose ou au contraire L’agrée. Il intervient aussitôt, Il manigance le hasard, as usual !

Veut-Il punir l’auteur en appelant ses lecteurs, pas toujours attentifs, à constater l’infamie de son propos ?

Ou veut-Il faire sentir à tous la pertinence même de ce propos ?

Pensons-y : il n’est pas impossible que l’Être suprême regrette quelque part d’avoir cédé aux ministres du culte un pouvoir sacramentel qui L’oblige à être présent et agissant dès que ceux-ci, en son Nom disent-ils, prononcent certaines paroles qui consacrent, baptisent ou absolvent ? Ça le fatigue, à la fin, d’être toujours de service, le Créateur… Il y a de quoi s’interroger !

J’aurais peut-être dû me contenter, plus sagement, de pasticher le vers bien connu de Mallarmé : « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard. »*

qui serait alors devenu :

« Un coup de Dieu jamais n’abolira le hasard. »

Mais on aurait peut-être trouvé cela « tiré par les cheveux »…

Le Songeur sous canicule  (27-06-2019)


* « Un coup de dés jamais n’abolira le hasard » est une formule étrange, puisque la logique du coup de dés est au contraire de faire jouer le hasard. En réalité, sachant que la façon de jeter les dés trahit souvent un désir naïf d’influencer le Hasard, ce vers signifie, selon un commentateur officiel : « Rien ne semble pouvoir surpasser la loi du hasard, dont la caractéristique est d’être précisément sans loi. Un coup de dés jamais n'abolira le hasard instruit le paradigme du non-sens et du principe d'incertitude. » Ce qui va de soi, bien sûr…



(Jeudi du Songeur précédent (208) :
« DE L’INVENTION DU SACREMENT AU SILENCE DE DIEU » )